Souvenir d’enfance : les cerises de Mémé Fine

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J’arrive sur mon vélo aux Villards des Granges, ce lieu où se trouve le petit cabanon assez simpliste où habite mon arrière-grand-mère Joséphine.

Sur le devant de la face sud se trouve une table en pierre, faite en agglo et ciment brut, et sur laquelle Mémé Fine laisse toujours une bassine avec à côté un savon de Marseille pour nettoyer son linge.

Sur le dessus, se laisse découvrir une vigne vierge grimpante, bien généreuse et bien verte, prête à offrir ses nombreuses grappes de raisin noir, où frelons et fourmis pourront eux aussi se restaurer.

Les volets du cabanon sont de couleur verte, cela n’a jamais changé et c’est resté toujours cette même couleur, ce qui en fait le charme incontestable de cette bâtisse.

Je dépose alors mon vélo devant la remise et ouvre le volet qui fait aussi office de porte d’entrée et entre dans la caverne d’Ali Baba, cet endroit magique avec mes yeux d’enfant, où regorge objets entassés en tout genre.

À droite, se trouve un grand meuble avec des outils de toutes les tailles, des bêches pour le jardin, une fourche pour la paille et un balai avec lequel je m’amuse à m’imaginer que je suis une sorcière qui vole dans les airs. ????

Il y a tout un tas de choses utiles pour la maison.

Au-dessus des buffets qui font l’angle, des bonbonnes vides attendant patiemment la récolte des olives, il y a aussi de quoi faire la repasse des poules, une armoire en bois de merisier où sont disposés de grands manteaux, avec sur le devant un grand miroir devant lequel j’aime faire le pitre.

Et puis au fond un grand lit avec une grosse couette faite en plumes d’oies avec des barres de fer qui font de la musique lorsque je tape dessus, et où il m’arrive de venir dormir été comme hiver.

Et enfin un autre lit, un lit une place où dort à présent ma grand-mère. Je monte une marche et me retrouve dans la pièce d’à côté.

« Oh dis, Qu’ès que fas aqui ? (qu’est-ce que tu fais ici ?)

  • Je suis venu passer un moment avec toi (et prendre un bon goûter)
  • Fan des pieds, toi tu tombes bien, j’allais m’ouvrir un bocal de cerises au sirop, maintenant que tu es là, va m’en chercher deux pots, un pour moi et un pour ta mère. »

Je m’en vais alors dans la remise, ouvre le placard à réserve et suis émerveillé par tous ces bocaux de toutes les couleurs, sur lesquels sont soigneusement étiquetés chaque fruit, la date et s’ils contiennent de l’alcool ou pas.

Pendant ce temps, j’entends la petite sonnerie du vieux téléphone retentir, il faut dire que cette installation est faite en sorte que du moment que l’on décroche un des téléphones de la maison, vous savez, ces vieux téléphones à cadran rond, une petite cloche retentit comme pour avertir que quelqu’un va passer un appel téléphonique.

« Tine ? Ton petit est chez moi, il va te ramener un peu un pot de cerises pour le goûter ça lui fait plaisir. Tu sais, je sais pas si l’année prochaine j’en aurai encore alors faites-vous plaisir.

  • Merci Mémé, demain je vais au centre : tu as besoin de commissions ?
  • Prends-moi un peu de lait, des cafés liégeois et de la farine, comme ça je ferai un gâteau. Les poules sont en train de faire l’œuf. »

Et la sonnerie retentit de nouveau pour annoncer la fin de la conversation.

Je m’installe alors sur le banc de cette immense table en bois, l’unique meuble de la pièce du cabanon, cet endroit où l’on aime se rassembler, à la fois pour manger la bonne polenta de Fine, les bonnes salades niçoises avec son assaisonnement unique et odorant, mais aussi le lieu des festivités où les grandes personnes aiment chanter, crier, parfois se disputer alors qu’ils jouent à la belote ou au rami.

Mémé Fi sort alors du buffet deux bols de couleur blanche sur lesquels sont dessinées des fleurs bleues, deux petites cuillères et une plus grosse pour servir le bonheur gustatif.

J’entends le « clac » du bocal ouvert, les cerises sont belles, grosses et brillantes. Mes yeux deviennent gros comme des balles de tennis.

Je salive par avance avec toutes ces bonnes odeurs et il me tarde de pouvoir déjà les déguster.

Certaines sont encore avec la queue de cerise, et ce sont mes préférées car elles ont un goût encore meilleur selon moi : le plaisir de laisser le fruit prendre place sous le palais… Je m’apprête à croquer une première bouchée.

Dans ma bouche, se mélange alors le sirop qui a engorgé les mets rouges devenus violets, je laisse le jus glisser sur mes dents à chaque croquement.

Le fruit juteux que je savoure avec une certaine présence, devient alors mon meilleur moment de la journée.

Je ne regrette en aucun cas d’avoir pris la peine de venir jusqu’ici à vélo, le temps de cette pause complice et chaleureuse, à la fois pour Mémé Fine et à la fois pour moi.

Et à la fois… pour savourer avec elle ce goûter unique fait maison. ?

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